PARTICIPEZ À L’ENQUÊTE : Corbigny – Nevers : le bus express qui veut briser l’isolement
Alors qu’il faut une heure en voiture mais près de six heures en transports entre Corbigny et Nevers, une association vient de se créer pour proposer une ligne de bus express en 55 minutes. Le RBFC veut prouver que la demande existe, au moment même où la ligne ferroviaire Clamecy-Corbigny, sauvée in extremis en 2025, est à nouveau menacée de fermeture pour les voyageurs.
Par Antoine Gavory
Face à ce constat, Rayan Mabanza, comptable dans l’Yonne, a fondé en avril le RBFC, Réseau Bourgogne-Franche-Comté, avec deux conducteurs de bus franciliens, partant du principe que « dans l’Yonne, la Nièvre ou les autres départements, la mobilité est compliquée sans voiture ».
D’ambition régionale, l’association veut « co-construire avec habitants, collectivités, Département et Région car c’est ce qui bloquait tout et ce qui peut tout débloquer. Pour l’emploi, les études, même pour voir sa famille, c’est compliqué ».
Elle commence par la Nièvre avec une ligne express Corbigny-Nevers via Saint-Saulge en 55 minutes arrêts compris : « L’idée d’express, c’est de desservir rapidement et simplement. Que quelqu’un qui part à 8h pour un rendez-vous à 9h n’ait pas à attendre le soir pour rentrer ».
Pour objectiver le besoin, une enquête a été lancée le 15 juillet sur les réseaux de l’association qui a déjà récolté plus de 260 réponses : « Plus le besoin est démontré, plus cette ligne aura du poids. Nous allons la présenter au Département et à la Région ».
Un contexte ferroviaire tendu
Le projet arrive dans un contexte tendu. Sauvée in extremis le 16 octobre 2025 par la Région avec 3,6 M€ engagés sans attendre l’État après le trail-relais citoyen « Cours pour garder ta ligne » (376 km jusqu’à Paris-Bercy), la ligne Clamecy-Corbigny est à nouveau menacée.
Le 22 avril à Corbigny, le président de la Région Jérôme Durain a dénoncé une « mauvaise surprise » : les 3,6 M€ annoncés par l’État iraient au fret, compétence exclusive de l’État, et non aux voyageurs aujourd’hui en cars ou taxis. L’État se placerait sur « une position de fermeture », alors que la réhabilitation complète est chiffrée à un peu plus de 10 M€ d’ici 2030, sur les 500 M€ nécessaires pour les lignes de desserte fine de BFC.

Photo : EDLN
Une lente érosion
En 70 ans, la Nièvre a perdu deux tiers de ses gares et 90% de ses guichets en 30 ans : 20 gares aujourd’hui contre plus de 70 dans les années 1950, et 3 guichets en 2026 contre 30 en 1995.
Une mise à mort évoquée au Sénat le 31 mai 2023 par Patrice Joly : « Les lignes secondaires n’étant pas entretenues, on prend la voiture – et les lignes ferment. La grande faucheuse statistique a fait son œuvre : fermeture de classes, de gares, de guichets, des maternités de Clamecy et Autun, des urgences, des trésoreries… ».
La Région se désengage-t-elle ?
Non, mais elle est prise en tenaille : avec en 2023, +7% de charges d’exploitation malgré la baisse de l’offre, +38% sur l’énergie et +8% sur les péages SNCF Réseau et la billetterie ne couvrant que 30% du coût, chaque hausse de péage (+30% prévus d’ici 2030) se traduit par moins de trains.
Un paradoxe, puisque selon le bilan ART 2024 publié en décembre 2025, la fréquentation TER en BFC a rebondi de plus de 10% en 2024, parmi les plus fortes hausses nationales, avec plus de 90% de circulations effectives. Concernant le fret en revanche, la Région a annoncé proposer l’engagement de crédits qui seront soumis au vote de sa prochaine assemblée plénière.
