« Et coucou tout le monde » : Sepulclean58 a trouvé sa formule
Si « les morts ont des anges gardiens en chrysanthèmes » comme le chantait Léo Ferré, à Châtillon-en-Bazois, le leur s’appelle Stacy Jault. À 33 ans, cette ancienne titulaire d’un CAP Pâtisserie est à la tête d’une entreprise singulière : Sepulclean58, spécialisée dans l’entretien des sépultures.
Une idée née d’une histoire personnelle. Marquée par les disparitions successives de son grand-père, de sa tante puis de son père, Stacy passe de plus en plus de temps au cimetière, à se recueillir sur leurs tombes : « À force d’aller dans les cimetières, de tout ramasser dès qu’il y avait du vent, je me suis dit qu’il y avait un besoin et j’ai eu l’idée de cette entreprise. »
Sepulclean58 voit le jour en 2024 : « On m’avait dit que ça ne marcherait pas mais j’ai heureusement eu le soutien de la BGE qui m’a accompagnée. » Et depuis un an Stacy Jault « nettoie, frotte et gratte » les monuments, remplace les graviers présents sur certaines tombes, désherbe les contours, redore les lettres. Des prestations commandées par les familles des défunts, parfois par les mairies directement : « Tout est fait à la main, avec des brosses douces, des produits naturels. On ne peut pas utiliser de nettoyeur haute-pression ou de javel. Ce sont des matières fragiles. »
Un travail d’orfèvre, mandaté et assuré : « Je n’interviens qu’après la signature d’un devis, c’est une obligation d’être mandatée par les familles ou les mairies et j’ai une assurance en cas de problème, si je casse quelque chose parce que ce sont parfois des tombes très anciennes. »
Et c’est aussi grâce aux réseaux sociaux et son gimmick « Et coucou tout le monde » que, depuis un an, son entreprise se développe entre Châtillon-en-Bazois et Nevers. Bouche-à-oreille et vidéos ont amené une cinquantaine de prestations.
Au tarif de 20€ de l’heure – comptez autour de 200€ pour une remise en état complète – elle propose désormais trois formules d’entretien : mensuelle, bimestrielle, trimestrielle. Un service précieux pour des familles parfois très éloignées :« Celle-ci, dit-elle en montrant une sépulture dans le cimetière où elle nous a donné rendez-vous, ce sont des gens de Bordeaux. Ils sont rassurés de savoir que quelqu’un veille. »

Photo : EDLN
Veiller n’est d’ailleurs pas un vain mot. Entre les allées, Stacy parle aux défunts : « Je leur dis bonjour en arrivant. Et quand je me cogne, je leur dis pardon. »
Et elle sourit : « Les morts sont parfois plus aimables que certains vivants. »
Si elle sourit tout le temps, même ici, même face caméra, c’est que son métier porte son histoire. Son grand-père, sa tante, son père, partis coup sur coup, elle ne se sent jamais vraiment seule : « Je me dis qu’ils sont peut-être là avec moi quand je nettoie. La mort, c’est à la fois tellement étrange et tellement beau. Je n’oublie pas que derrière chaque tombe, il y a eu une vie. Des gens qui ont été heureux. »
Ce que dit la loi :
Une tombe est privée dans un lieu public. Le Code des communes, le CGCT précise que son entretien incombe à la famille, en indivision perpétuelle (L.2223-17).
La mairie n’a charge que des allées et de l’enceinte et ne peut intervenir sur les sépultures qu’après la procédure de reprise pour abandon : procès-verbal sur place, recommandés aux descendants, affichage un mois en mairie et au cimetière renouvelé deux fois, puis second PV un an après et délibération du conseil prononçant la reprise.
Seule exception : le péril. Si la stèle menace de tomber, le maire agit au titre de son pouvoir de police par arrêté de péril ordinaire avec travaux sous 1 à 3 mois, ou imminent avec sécurisation immédiate. Travaux qui seront alors aux frais de la famille.
