Rencontre avec Sophie Adenot depuis l’ISS : « Ne vous mettez pas de limites »

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Propos recueillis par Emmanuel Coulombeix

Le 20 mai dernier, l’astronaute nivernaise Sophie Adenot répondait en français et en anglais, en direct depuis l’ISS, aux questions d’une trentaine de journalistes européens réunis au siège de l’Agence spatiale européenne (ESA), à Paris. Entreprendre dans la Nièvre y était !

Bonjour Sophie ! Vous vous entraînez depuis 2022 à cette mission de six mois dans la Station spatiale internationale. Qu’est-ce qui vous surprend le plus, à bord, à la fois personnellement et professionnellement ?

Sophie Adenot : C’est un challenge de répondre à cette question parce que ça dépasse tout ce qu’on a appris avant de venir. Tout change! Cela dit, depuis quatre ans, nous avons appris énormément de choses, notamment des procédures d’urgence, pour être prêts à réagir à n’importe quelle circonstance. Mais, littéralement, tout va pour le mieux! La vie quotidienne se passe bien. Nous n’avons pas d’urgence tous les jours. C’est la différence entre l’entraînement et la vie réelle ici.

Aujourd’hui, la panne la plus ennuyeuse qu’on a eue, c’est la panne des toilettes qui a été réglée en une demi-journée de maintenance, mais vu que le rythme est opérationnel ici, il faut être prêts à switcher de suite sur autre chose que ce qui était prévu. Mais tout se passe très bien à bord, je vous rassure!

Vous avez participé à l’appel d’espace à espace entre l’ISS et la mission Artémis II. Comment avez-vous suivi leur voyage autour de la Lune et qu’avez-vous ressenti ?

Pour nous, c’était un grand événement de pouvoir parler à cet équipage d’Artémis, déjà de pouvoir imaginer qu’il décolle, de pouvoir ressentir cette émotion que vous avez dû ressentir sur Terre aussi quand il a décollé. Et enfin, de leur parler, c’était presque irréel! On en a discuté, on a tous eu la chair de poule… C’était quelque chose de presque improbable d’avoir deux équipages dans l’espace qui se parlent, et d’autant plus avec un équipage qui est allé autour de la Lune. C’étaient beaucoup d’émotions positives, et beaucoup, beaucoup de joie: ça nous a tous vraiment enchantés!

La plupart de ceux qui ont eu la chance d’aller dans l’espace, professionnels ou touristes, sont revenus avec une vision bouleversée. Qu’est-ce que ça a changé pour vous de voir la Terre de loin ?

Sans aucun doute, j’ai été marquée comme tous mes collègues de toutes les générations qui ont vu la Terre de loin. Pour moi, ça fait partie du top 3 des expériences qui ont changé mon regard sur la vie et sur la planète. Clairement, il y a un avant et un après. Ce qui change vraiment, au-delà des émotions, de la joie, c’est cette perspective: on comprend que tout est unité. Quand on est sur Terre, ce sont les pays, les continents, tout a des limites. Ici, quand on voit la Terre dans son ensemble, tout est interconnecté, les continents, la météorologie, les nuages… Du coup, si on veut protéger ensemble cette planète, il faut que l’Humanité soit unie et aille dans la même direction, en fait! Seul le regard dans la même direction de tous les êtres humains permettra d’avoir une action significative pour la protéger!

Comme Thomas Pesquet en son temps, comment souhaiteriez-vous inspirer les jeunes Français en matière de protection de la planète, de science et d’espace, et en tant que 2e Française seulement dans l’ISS, quel message voudriez-vous passer aux petites filles qui voudraient devenir scientifiques, un jour ingénieures, pilotes ou astronautes ?

Merci pour cette question qui me touche beaucoup, parce que je suis passée par là, par celle qui écoutait les interviews à la radio et à la télé et qui découpait les articles de journaux. Je suis arrivée là parce qu’on m’a passé le témoin de cette passion pour les sciences et pour un métier d’aventures scientifiques et je suis ravie maintenant d’essayer de le passer à mon tour. Pour moi, c’est important: si des jeunes veulent rejoindre cette aventure scientifiques, filles ou garçons, quelle que soit l’origine sociale ou familiale, il y a de la place pour tout le monde. Si c’est votre rêve, alors allez-y, ne vous mettez pas de limites! Vous pourrez vous amuser, avoir une vie trépidante, faire des rencontres internationales et travailler sur des sujets passionnants. Et peut-être qu’un jour, j’aurai la chance de travailler avec vous, et ça ce serait chouette car si je travaille un jour avec quelqu’un qui me dit « tu m’as inspiré », le relais et le témoin se passent de générations en générations, comme ça. Je serais ravie d’insuffler un peu d’étoiles dans les yeux des enfants qui en ont envie ou besoin…

Depuis que vous êtes dans l’ISS, quelle est la compétence la plus improbable qui vous a servie ?

Les compétences les plus improbables sont celles qu’on aimerait qu’elles nous servent jamais, finalement. Et notamment dans le domaine des urgences médicales… Pour ma part, la chose la plus improbable que j’ai apprise à faire, c’est d’arracher une dent. Autant dire que j’espère ne pas avoir à m’en servir. On est tous préparés à l’imprévu, on l’a vu avec le retour anticipé de l’équipage 11… Ce qu’on apprend, c’est qu’il faut savoir s’adapter en permanence et avec le sourire.