Le Bellovidère, agitateur culturel de proximité
À la croisée des chemins de Puisaye, de l’Auxerrois et de l’Aillantais, le petit théâtre rural poursuit son œuvre, salutaire et exigeante, d’acculturation au spectacle vivant et à l’expression artistique sous toutes ses formes. À l’aube du 20e anniversaire du « Bello d’hiver »,les maîtres des lieux, Selin Dundär et Nicolas Delarbre, ont imaginé une programmation de haute volée, dont une représentation « hors les murs » qui les mènera jusqu’à la Californie.
— Par Stéphane Bourdier —

Il était une fois… un modeste théâtre serti dans ce qui fut jadis l’auberge du village surplombant la place centrale, un lieu au parfum suranné de cabaret dont « on ne se souvient plus trop comment on s’y rend la première fois », une maison de famille devenue, en peu de temps, une référence incontournable dans le domaine des salles de spectacle en milieu rural. À Beauvoir, 400 âmes et aucun commerce, le Bellovidère – un nom inspiré du gentilé de la bourgade – est aujourd’hui plus connu que la bourgade elle-même. Il faut dire qu’en l’espace de deux décennies à peine, Selin Dundär – danseuse chorégraphe – et Nicolas Delarbre – comédien et metteur en scène – ainsi que la poignée de fidèles bénévoles que les deux artistes ont su mobiliser au fil des années, n’ont pas ménagé leur peine. Au gré des programmations du désormais célèbre « Bello d’hiver », plusieurs centaines de représentations ont été données dans la petite salle de 50 places assises. Et autant de compagnies, de comédiens, de chanteurs et de performers à venir poser leur talent dans ce lieu qui ne ressemble à aucun autre.
Ce rôle de précurseurs dans l’émergence de lieux de culture qui fleurissent désormais en milieu rural, le couple le reconnaît à demi-mot : « En France, il existe à la fois une politique publique de développement culturel très dynamique, même si elle est quelque peu bousculée en ce moment, et une vraie volonté de créer des lieux privés, des écoles de théâtre, des festivals où les gamins qui y vont peuvent se dire : j’ai envie de faire ça aussi. Il y a une vraie émulation et, depuis que nous sommes arrivés, nous avons vu naître énormément de projets, notamment en Puisaye-Forterre. »
Action civique
Éloigné des sentiers battus, ce festival – dont la programmation, largement issue du “off” d’Avignon, n’a rien à envier aux scènes les plus prestigieuses – doit sa longévité à la passion de ses fondateurs et à la gestion rigoureuse de son association. Malgré un budget d’environ 35.000 euros, celle-ci parvient chaque saison à accomplir de véritables prouesses : « Nous avons mis en place un système particulier d’achat de spectacles basé sur le fonctionnement coopératif qui fait que tout le monde est payé pareil. Les compagnies qui acceptent de venir ici acceptent donc de défendre une autre manière de se produire. La billetterie paye les représentations. Les subventions des collectivités locales et le mécénat couvrent les frais tels que l’entretien du matériel ou la Sacem », détaille Nicolas Delarbre, bénévole lui aussi et cheville ouvrière infatigable de l’ensemble. Celui qui a quelque peu délaissé le devant de la scène (pour mieux y revenir) aime à jouer les multi-instrumentistes et « touche aussi bien à la compta, à la com’, à l’accueil qu’à la régie ». S’il rejette pudiquement d’endosser le rôle d’entrepreneur hyperactif, il préfère volontiers mettre en avant « une démarche citoyenne destinée à faire bouger la campagne environnante ».
Nous nous sommes installés à Beauvoir car c’était notre projet de vie pour voir grandir nos enfants, dit Selin Dundär. Si nous avions été menuisiers, nous aurions peut-être imaginé un univers autour du bois. Il se trouve que nous sommes issus des métiers du spectacle. Notre langage, c’est le théâtre, la culture et l’art. » En 2026, le Bellovidère prendra exceptionnellement ses quartiers de printemps les 1er , 2 et 3 mai lors de représentations à la Californie pour un « Bello d’Ailleurs » inédit. À l’affiche : Miettes, une performance artistique de Rémi Luchez qui mêle humour, poésie et défi acrobatique. « Nous partageons la même manière de penser le monde avec la recyclerie de Toucy. C’est aussi l’occasion pour nous d’accueillir des spectacles qui ne pourraient pas se produire en intérieur. » Et de rappeler, comme l’a écrit Jean-Pierre Siméon, que « dans un théâtre, la salle de spectacle n’est qu’une pièce parmi d’autres… »
Programmation complète sur lebellovidere.net
Un Prix de poésie toujours plus cosmopoliteLeur ambition était de montrer que la poésie demeure une forme artistique pleinement contemporaine, dont la richesse reste trop souvent sous-estimée, et qu’elle ne se résume pas aux récitations parfois redoutées des années d’école. Pari tenu ! À la mi-janvier, les bénévoles du Bellovidère, conduits par Selin Dundär et Nicolas Delarbre, dévoileront la liste des finalistes de la troisième édition du “Prix de la poésie”. L’an passé, le prix avait couronné Gargouille, un recueil d’Hélène Miguet publié aux éditions Sous le sceau du Tabellion.
« Nous recevons chaque année des centaines de textes de poètes venus de toute la France et de l’ensemble de la Francophonie, notamment du Québec. » Verdict attendu au printemps prochain.
