Quand la RSE réinvente l’industrie
Ingénieur et diplômé d’un MBA de l’EM Lyon, Christophe Bertrand a bâti toute sa carrière autour d’une conviction : l’entreprise doit être un acteur responsable. En 2015, il quitte un poste de direction pour pouvoir mettre pleinement en œuvre ses valeurs RSE. Après deux ans de recherche, il reprend l’entreprise avalonnaise Simon et Cie en 2017, spécialisée dans les produits plastiques pour la communication et y déploie sa stratégie RSE.
— Par Antoine Gavory —

« La RSE ? J’ai toujours piloté mes équipes dans ce sens-là. Parce qu’en tant que salarié, j’aimais avoir un chef qui m’écoute, bienveillant, qui reconnaît le travail et les compétences », explique-t-il. Ingénieur généraliste, il a piloté le marketing et la stratégie pour un réseau de 53 usines. En 2015, il comprend que pour appliquer pleinement les valeurs qui le portent — responsabilité sociale, respect des équipes, impact environnemental — il doit devenir entrepreneur. Après deux ans de recherches et l’analyse de 62 entreprises, il choisit Simon et Cie, convaincu de son potentiel sociétal autant qu’industriel, et finalise l’acquisition en 2017 grâce au soutien du Réseau Entreprendre.
Le défi est immédiat : le chiffre d’affaires chute brutalement de 2,5M€ à 1,5M€ en raison de marchés perdus.
Le pari gagnant-gagnant
Malgré une situation tendue, il déploie une démarche RSE à 360° inspirée de l’ISO 26000 : « La RSE, c’est un état d’esprit. Ça nous a donné une raison d’être, une ligne stratégique, une identité, une cohérence. » D’abord déroutante pour des équipes habituées à un management vertical, cette nouvelle organisation s’impose rapidement : « C’est juste du bon sens. À partir du moment où on partage tous cet état d’esprit, ça ne prend pas plus de temps que de faire autrement. »
La qualité de vie au travail devient un pilier : horaires de journée, 35 heures, fin du travail le vendredi midi, et une fierté collective d’agir pour réduire l’impact carbone. Le dirigeant insiste sur l’engagement de ses collaborateurs, dont certaines — comme Francine et Myriam, présentes depuis 35 ans — incarnent la stabilité de l’entreprise : « J’ai des salarié(e)s de 30 ans de boîte, dévoué(e)s, jamais malades. Franchement, j’ai la crème ».
Dès 2018, Simon et Cie décroche le Trophée RSE Bourgogne–Franche-Comté et rejoint le Global Compact. L’entreprise accélère alors : réduction de l’impact carbone visé à -50 % d’ici 2030, nouvelle formulation des matériaux avec 40 % de ressources minérales inépuisables et au moins 30 % de matière recyclée, et mise en place d’une boucle d’économie circulaire unique réinjectant 100 % des chutes de PVC dans la production.
Cette dynamique se poursuit avec le rachat d’Omniplast en 2021, puis des activités funéraires SDFF en 2024, où Christophe Bertrand innove notamment avec des registres de condoléances 100 % recyclables. Aujourd’hui l’entreprise de plasturgie fait partie des « 150 Éclaireurs » du Coq Vert – communauté de dirigeantes et dirigeants mobilisés pour la transition écologique et énergétique fondée par BPI France et l’ADEME – et progresse vers le retour à son niveau d’activité initial, même si, comme le souligne Christophe Bertrand : « Avec cette transformation, 90 % de l’activité a évolué depuis 2017. Le bilan est équilibré : on n’a pas perdu d’argent, mais on n’en a pas encore gagné. »

