Fast-fashion : Les Petits Marioles proposent une alternative
Face aux excès de la fast-fashion et aux milliers de tonnes de vêtements jetés chaque année, la ressourcerie Les Petits Marioles à Joigny propose une alternative concrète et solidaire. Jouets et vêtements sont triés, réparés et revalorisés par des bénévoles avant d’être vendus ou utilisés dans des animations pour enfants. En redonnant une seconde vie aux objets, l’association allie écologie, solidarité et plaisir, tout en sensibilisant le public aux conséquences de la surconsommation.
— Par Enzo Beaudet —

Tout ce qui est plastique de jouets ne se recycle pas, explique Natacha Vancaeyzeele, co-présidente: « c’est du plastique trop épais, ce qui ne se revend pas est enfoui. » De ce constat est née
la ressourcerie. Seuls les dons alimentent le commerce, et ils augmentent sans cesse: 511kg ont été collectés rien qu’en novembre. Sur l’année, de janvier à octobre, Les Petits Marioles ont déjà réceptionné 3.987 kg de dons, auxquels s’ajoutent les chiffres de novembre. Les textiles restent les plus nombreux, avec 1.659 kg récoltés, contre 1.291 kg de jouets.
Pour chaque sac déposé, tout est pesé : « on pèse aussi ce qu’on doit jeter, pour savoir combien on parvient réellement à revaloriser » précise la co-présidente. Les vêtements, par exemple, sont vendus au kilo: «c’est plus simple pour les bénévoles, et finalement, ça revient au même prix que la vente à la pièce » ajoute Natacha Vancaeyzeele.
Au-delà de la boutique, l’association gère une ludothèque ambulante, installée dans les quartiers prioritaires pour off rir aux enfants des temps de jeu gratuits. À l’approche de Noël, un espace spécifique est consacré aux jouets vérifiés selon les normes européennes : « Quand on n’a pas la boîte ou qu’il manque des éléments indispensables, on ne peut pas certifier» explique la co-présidente. « Mais dès que c’est possible, on reconstitue, on teste, on nettoie. »
Une démarche écologique et humaine
L’atelier du dernier étage ne désemplit pas. Les bénévoles y lavent, trient, recollent, changent les piles, recomposent des boîtes de Lego ou mettent de côté les jeux populaires – Dr Maboul, Playmobil – pour pouvoir recombiner les pièces. L’objectif ? Garantir que le jouet revendu est propre, complet et surtout jouable : « quand il manque une pièce mais que ça n’empêche pas de jouer, on baisse le prix » précise Natacha Vancaeyzeele.
La fast-fashion, elle, reste un défi majeur : « un habit d’enfant se porte en moyenne huit mois. C’est près de 100.000 t de textile jetées chaque année en France. » À l’échelle de Joigny, cela représenterait « deux fois la ville» sur un mètre de hauteur. Un chiffre qui avait profondément marqué les fondateurs.
Malgré l’affluence et les objets parfois exposés à l’extérieur faute de place, aucun vol n’a été constaté depuis l’ouverture : « Les gens sont hyper respectueux » souligne la co-présidente. Même la boutique sans vendeur fonctionne sur la conf iance : les visiteurs choisissent en autonomie, puis viennent régler dans la boutique principale.
À l’approche des fêtes, l’association installe une boîte aux lettres du Père Noël et lance un concours surprise. Puis, comme chaque année, Les Petits Marioles prennent une pause du 24 décembre au 7 janvier : « après les fêtes, les gens sortent moins. C’est le bon moment pour souffler. »