Pépinières Naudet : un héritage qui pousse

Temps de lecture : 4 minutes


Implantées dans l’Yonne depuis 1924, les pépinières Naudet s’inscrivent dans une histoire familiale qui remonte à 1876. De génération en génération, l’entreprise a transformé quelques alignements de pins noirs en un groupe qui réalise 35M€ de chiffre d’affaires, devenu incontournable pour la reforestation et l’agroforesterie.

– par Léo Agopian –

De bon matin, Pierre salue ses collaborateurs dans les bureaux de sa PME. Dehors, des champs et des pousses à perte de vue. Dans son bureau, une table en chêne pour accueillir les invités et, au sol, un monticule de revues spécialisées sur la truffe et les mauvaises herbes. « C’était à mon père, on n’a pas encore déplacé son bureau. » Car aujourd’hui, le patron, c’est lui. À 41 ans, Pierre Naudet entame sa cinquième année en tant que directeur général délégué de l’entreprise familiale fondée par son trisaïeul Edouard Naudet et reprise avec son cousin Martin en 2020.

Du pin noir à la Serre de Bon Pain

L’histoire de cette affaire familiale, vieille comme un chêne, démarre en 1876. Victor Hugo vient d’être élu sénateur de Paris, la Troisième République n’en est qu’à ses balbutiements et le Saône-et-Loirien Patrice de Mac Mahon est alors Président de la République. À Leuglay, en Côte-d’Or, un petit maraîcher, Édouard Naudet, plante un peu par hasard – à la demande d’un propriétaire forestier – des graines de pins noirs sur son lopin de terre. Les graines deviennent des plants et, ainsi, naît la pépinière Naudet.

L’activité se transmet de génération en génération. Georges, le fils, se lance dans la reforestation à la suite de la Grande Guerre. Henri et Robert, les petits-fils, lancent l’expansion géographique de l’entreprise et créent en 1924 une seconde pépinière dans l’Yonne, à Chéu. « Il est venu ici car les terres sont adaptées à la pépinière : des terres sableuses, favorables au développement et à l’arrachage des racines », remarque Pierre. Suivront Préchac en Gironde, Lambesc dans les Bouches-du-Rhône… jusqu’à atteindre 12 sites en 2025.

Aujourd’hui, le groupe s’articule autour de quatre grandes activités : les pépinières (sapins, arbres, plantes) vendues à de grandes enseignes comme Intermarché, Système U, Carrefour, Gamm Vert ou, plus localement, la Serre de Bon Pain ; l’agroforesterie, qui plante des haies dans les champs ; la nature urbaine, qui reverdit les villes ; et la reforestation.

Retour à Chéu. Ici, Naudet cultive divers plants (truffiers, forestiers, etc.) sur 150 hectares répartis entre quatre communes voisines. Trente-cinq personnes y sont employées à temps plein. Pierre fait le tour du propriétaire, un site qu’il connaît par cœur, lui qui, enfant, suivait son père au gré des mutations jusqu’à atterrir dans l’Yonne en 1995. Parti faire une école de commerce, il revient dans l’entreprise familiale où il passe par tous les métiers — arrachage, préparation des plants — puis s’en va voir du pays chez un autre pépiniériste en Angleterre. De retour chez Naudet à un poste de développement, il exploite ses compétences et crée en 2012 le premier site internet du groupe. Une initiative gérée depuis Chéu, qui continue de porter ses fruits. « C’était ma première mission ; ça nous a permis de toucher directement un nouveau public : les particuliers. » Résultat : 1,3M€ de chiffre d’affaires, soit 10 % des ventes de la partie pépinière. Dans une petite serre non loin du bureau de Pierre, les préparatrices de commandes s’activent pour mettre en carton les plants. 9 600 produits ont été vendus en sept jours : Naudet vient de devenir premier vendeur de plantes sur le site Veepee.

Une croissance forte… et de fortes convictions

Entre 2020 et 2025, le groupe Naudet a connu une croissance importante, passant de 22 à 35M€ de chiffre d’affaires. Une évolution liée au plan de relance de l’État, aux aides sur l’agroforesterie, et à une demande de plus en plus forte. « Avant, on réalisait une part importante de notre chiffre d’affaires sur la vente de sapins. Aujourd’hui, ce sont nos services – comme la reforestation – qui sont les plus demandés et qui ont absorbé l’essentiel de notre croissance. »

Cette activité séduit les collectivités comme les entreprises. Face au changement climatique, nombre d’entre elles se lancent dans la reforestation pour équilibrer leur bilan carbone, et Naudet a su répondre à cette demande. Un programme intitulé « Naudet Impact » a été créé pour accompagner les entreprises, les conseiller sur les financements (crédits carbone) et les mettre en lien avec des projets de reforestation, souvent réalisés par Naudet elle-même. Cette seule activité représente désormais 16M€ de chiffre d’affaires.

Si l’impact environnemental de la reforestation est positif, toutes les étapes de production sont désormais passées au crible : déchets, irrigation, utilisation d’engrais… « C’est une conviction chez nous que notre entreprise doit impacter positivement. » Après avoir participé à la Convention sur le climat en 2023, Pierre et Martin réalisent un bilan carbone puis bâtissent avec l’ensemble des collaborateurs un plan d’action RSE ambitieux : Cap 2030.

« Notre plus gros impact se situe dans les sols. En cultivant, on réduit le capital de nos terres. On réfléchit donc à la manière de régénérer nos sols, de réduire l’utilisation d’herbicides, d’engrais… » À Chéu, certaines parcelles sont même laissées en friche pour favoriser la régénération. « Le sol est notre capital : on doit en prendre soin. »

Le groupe a également créé une cellule de recherche et développement avec un ingénieur à temps plein et plusieurs consultants, afin d’élaborer des protocoles pour réduire l’impact environnemental et améliorer les conditions de travail. « Régénérer nos sols, mais aussi régénérer nos hommes. Certains travaux sont très physiques : nous avons malheureusement beaucoup de troubles musculosquelettiques, et nous devons nous en préoccuper. Les gens ne doivent pas finir leur carrière sur les rotules. »

Naudet pense à demain. Une vision à long terme qui illustre la philosophie du groupe, qui, à bientôt 150 ans, a tout d’une entreprise engagée dans la marche du siècle.

Saga à retrouver dans le magazine Entreprendre dans l’Yonne #9