Denis Thuriot (maire de Nevers) : On a ici des dynamiques réelles

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À Nevers, comme dans beaucoup de villes moyennes, la revitalisation du centre-ville demeure un défi central. Réélu pour un troisième mandat, Denis Thuriot entend conjuguer baisse de la fiscalité, retour des logements vacants sur le marché, appui au commerce de proximité et poursuite des investissements en s’appuyant sur les partenaires et les habitants.

– Propos recueillis par la rédaction –

Denis Thuriot, maire de Nevers

EDLN : Dans votre programme, vous annoncez une baisse de fiscalité. Comment comptez-vous la financer sans remettre en cause les investissements de la ville ? 
Denis Thuriot : La fiscalité est trop élevée. On l’a baissée pendant trois ans, en 2014, 2015 et 2016. C’était même notre première décision. On avait une ambition de 3 points, mais avec la baisse de la dotation globale de fonctionnement (DGF), on n’a pas pu aller au-delà d’1,5 point. J’ai toujours dit que, si on le pouvait, on la rebaisserait mais il faut que ce soit significatif. Donc l’idée, à partir de 2027, c’est de pouvoir baisser d’au moins deux points, pour que les habitants le perçoivent réellement. Ça représente plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’euros par an. Pour ça, on a deux leviers. Le premier, c’est la taxe d’habitation sur les logements vacants. Il y en a encore près de 3 000, c’est beaucoup trop. Cela devrait rapporter entre 300 000 et 400 000 euros, tout en incitant les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché. Le second levier, ce sera la révision de la politique de stationnement. Aujourd’hui, on est dans une gratuité totale. Je veux bien me faire engueuler quand c’est payant mais quand c’est gratuit… On va lancer une concertation pour aller vers un système plus adapté, avec sans doute une heure gratuite, le samedi gratuit, et d’autres modalités qui permettraient aussi de dégager des recettes, comme le réaménagement du parking de l’ancien Mazarin, qui deviendra payant. Parce qu’à un moment il faut des recettes.

Que pouvez-vous faire sur les logements vacants et l’accueil des étudiants ?
Sur le logement privé, en dehors des situations d’insalubrité ou de péril, on a peu de moyens. On engage des procédures, on met des astreintes, mais cela donne souvent lieu à des recours qui durent des mois, voire des années. Donc oui, il faut davantage d’outils pour les maires, et cela fera partie du travail que je porterai aussi au niveau national avec les autres maires et notamment auprès des parlementaires. En revanche, on peut agir par l’incitation et par certains dispositifs plus fermes. Sur le permis de louer, je vais passer du déclaratif au coercitif. Je vais envoyer des équipes qui sanctionneront les gens qui ne mettent pas leur logement dans les normes du XXIe siècle. Je n’ai pas envie d’être un « maire fouettard », mais un bâti qui s’effondre alors qu’on refait les rues, ce n’est pas normal pour les contribuables. Parallèlement, on va mettre en place un label pour les logements étudiants afin d’identifier des logements de qualité et de faciliter leur repérage par les établissements et les familles. Nevers est une des rares villes de notre taille à connaître un tel essor étudiant. Sur ce point, aujourd’hui, je ne peux pas dire qu’il y ait une pénurie massive, mais on reste vigilants.

Les commerces vacants ont été au cœur de la campagne. Quel est réellement le pouvoir du maire ?
Il faut dire les choses franchement : pas autant qu’on le croit. On a mis en place la taxe sur les friches commerciales. Cela fait parfois réagir certains propriétaires, mais ça ne règle pas tout. On se heurte souvent à des biens bloqués, à des successions, à des refus de vendre, à des prix totalement déconnectés de la réalité. Donc oui, il faut plus de leviers. Je pense notamment à des dispositifs plus souples sur les loyers commerciaux. Je crois beaucoup au loyer progressif, qui permet à un commerçant de démarrer avec un loyer bas puis de monter progressivement en fonction de son chiffre d’affaires. C’est ce qu’on fait déjà, d’une certaine façon, avec certaines pépinières. Il faut aussi continuer à accompagner les installations, avec les boutiques éphémères par exemple, qui ont permis à plusieurs commerçants de tester leur activité avant de prendre un local durablement. Et mieux coordonner tous les acteurs. C’est l’idée de ce que j’appelle l’office du commerce sous forme de SIC (Société d’intérêt collectif) pour une vraie organisation commune, avec la ville, les consulaires et les commerçants et mutualiser les budgets d’animation et décider ensemble de la stratégie. On va aussi tester l’exportation des boutiques vers des lieux de flux comme l’hôpital, qui compte 2 000 agents. On va leur amener le centre-ville par des casiers en libre-service.

Est-ce que tout cela suffira à renforcer l’attractivité de la ville ?
La ligne directrice, c’est d’avoir une ville plus attractive, plus habitée, plus dynamique économiquement, mais aussi plus lucide sur ce qui dépend de la collectivité et ce qui n’en dépend pas. La ville doit faire sa part : investir, animer, accompagner, rendre les choses plus simples, mieux accueillir les entreprises, mieux coordonner les acteurs, soutenir le commerce, travailler sur le logement. Mais il faut aussi que chacun prenne sa part : les propriétaires, les commerçants, les entreprises, et parfois aussi les consommateurs. On ne peut pas demander à la collectivité de tout régler seule. Moi, je crois à une stratégie très concrète : garder un niveau d’investissement fort, faire baisser la fiscalité quand c’est possible, remettre des logements sur le marché, mieux accueillir les étudiants, aider les commerçants à se moderniser, aller chercher de l’activité et mieux travailler avec le monde économique. Et surtout, faire en sorte que la réalité du territoire soit enfin mieux perçue, parce qu’il y a ici des dynamiques réelles qu’on ne met pas assez en valeur. On a 576 entreprises dans nos parcs d’activité. On a quasiment plus de mètres carrés à vendre. Notre taux de chômage est plus bas que le taux national. On va créer une entité de chefs d’entreprise pour accompagner les services du « dev éco ». Il faut arrêter avec cette image qu’il n’y a plus de commerces ou d’entreprises à Nevers, c’est faux.