3 femmes sur 10 dans l’entrepreneuriat : un potentiel encore sous-exploité
Le nouveau volet de l’Indice Entrepreneurial Français (IEF) 2025, dévoilé par Bpifrance Le Lab, révèle que le dynamisme entrepreneurial des femmes s’installe durablement dans le paysage économique français. Aujourd’hui, 8 millions de Françaises ont un lien de proximité avec l’entrepreneuriat, soit 3 femmes sur 10, contre seulement 2 sur 10 en 2018. Si l’envie d’entreprendre n’a jamais été aussi forte, le passage à l’acte reste toutefois semé d’embûches spécifiques.
Une progression constante malgré un « gender gap » persistant
Depuis 2018, l’engagement des femmes dans la chaîne entrepreneuriale progresse de manière tendancielle et se montre moins sensible à la conjoncture économique que celui des hommes. Pour une majorité de ces femmes, l’entrepreneuriat est synonyme d’épanouissement personnel pour 8 femmes sur 10 et de reconnaissance sociale. Malgré cette dynamique, un écart subsiste car 30 % des femmes participent à la chaîne entrepreneuriale contre 40 % des hommes. Une partie de ce décalage s’explique par la surreprésentation des femmes chez les seniors, naturellement moins présents dans la création d’entreprise en raison d’une espérance de vie plus élevée.
La trentaine : le tournant décisif
L’étude identifie un moment charnière au tournant de la trentaine. Avant 30 ans, les jeunes femmes expriment autant, sinon plus, d’intentions d’entreprendre que les hommes du même âge, avec une proportion de 1 sur 4 contre 1 sur 5. Cependant, dès le passage à la trentaine, cet engagement chute brutalement puisque l’intention d’entreprendre diminue de moitié chez les femmes. Ce décrochage, nettement plus marqué que chez leurs homologues masculins, est le point de départ du creusement des écarts de genre tout au long de la chaîne entrepreneuriale.
Des motivations et des freins différenciés
Si le besoin d’indépendance est le moteur principal quel que soit le genre, les femmes se distinguent par une volonté plus marquée de changer de métier ou de trouver une nouvelle stabilité professionnelle. À l’inverse, les hommes sont plus souvent mus par le goût du défi ou l’opportunisme entrepreneurial. Les obstacles rencontrés reflètent également des préoccupations genrées : les femmes font part d’inquiétudes majeures concernant le niveau de revenu, la complexité administrative et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Les hommes sont, de leur côté, plus sensibles à la solitude du dirigeant.
Le défi du financement et de l’accompagnement
L’un des enseignements majeurs de l’IEF 2025 concerne le phénomène d’autocensure. Qu’elles soient porteuses de projet ou cheffes d’entreprise, les femmes sollicitent moins souvent des financements externes ou un accompagnement professionnel que les hommes. Pourtant, leur attitude face au risque est similaire à celle des chefs d’entreprise masculins. Ce manque de recours aux aides extérieures peut expliquer pourquoi les projets féminins se tournent davantage vers le statut de micro-entrepreneur ou sont souvent de plus petite taille.
Accélérer la progression des femmes
Comme le souligne la direction de Bpifrance, l’objectif est désormais de faire en sorte qu’entreprendre au féminin devienne entreprendre tout court. Pour exploiter ce potentiel massif mais encore sous-exploité, les efforts doivent se concentrer sur la visibilité des modèles féminins, la sensibilisation dès le plus jeune âge et un accompagnement renforcé pour lever les freins psychologiques et financiers.

